Que font deux adolescents qui se retrouvent après les cours au beau milieu de la forêt ? C’est ce que nous raconte The Troublemakers, la dernière vidéo de Jocelyn Villemont. Le lieu semble propice à la discussion, mais le contenu de leurs échanges prend rapidement une tournure absurde, surtout si l’on se fie de prime abord à l’allure de ces deux teenagers. Ils semblent tout juste avoir déserté le skate park – une de leurs planches à roulettes ornées de formes géométriques abstraites gît au sol et l’autre repose sur un tronc d’arbre. Mais quelle peut bien être leur motivation ? Pourquoi se réfugient-ils ainsi dans la nature ? Il n’est pas question d’un retour aux sources, ni de filles, de musique et encore moins de drogue. Ils ne sont pas non plus en train de préparer un prochain règlement de compte entre bandes rivales, comme le présagerait la manipulation d’une matraque en bois. La conversation tourne pourtant bien autour de cet artefact, mais le sérieux de leur propos est déroutant. Ils débattent en effet de la valeur anthropologique de ce bâton de bois, qui reprend la forme ancestrale d’une batte de baseball. Ce Primitive (gourdin) est en réalité une sculpture de Villemont et le scénario n’est autre que celui imaginé par l’artiste pour recharger la signification de cette forme aux multiples connotations culturelles et symboliques. La mise en scène distanciée – ces personnages dont il est parfaitement assumé qu’ils ne sont pas une seconde habités ni spécialement concernés par les propos qu’ils tiennent – oscille entre l’esthétique Nouvelle Vague et celle des performances du duo d’artistes écossais Joanne Tatham et Tom O’Sullivan. L’influence de ces derniers n’est pas sans lien avec le fait que Villemont étudie à Glasgow.
À des réflexions sur le statut de l’objet et sur les potentielles dérives de la sculpture minimale américaine, Villemont ajoute des références hétéroclites, mais qui appartiennent toutes à des registres culturels connexes. Sunburst, la série de dessin Heroes ou Impala Celebration disséminent ainsi un répertoire de formes et matériaux archétypaux de la culture folk américaine. L’artiste puise également du côté de la musique pop, de la culture surf via des motifs de planches, de palmiers et autres éléments tropicaux. Peu importe que ces éléments appartiennent à une culture plus ou moins commerciale (mainstream), alternative ou marginale) et qu’ils convoquent une histoire culturelle et des modes de vie qui n’ont probablement pas grand-chose à voir avec celui de l’artiste. Cela ne constitue en aucun cas un obstacle pour Villemont qui revendique ces objets – guitare, pochettes de disques, sculptures totémiques aux motifs empruntés à diverses pratiques culturelles – comme ses propres fétiches. Ce sont les bribes de son adolescence qu’il fait exister autrement, et qu’il redistribue dans des assemblages sculpturaux teintés d’humour.
Villemont a su sans conteste adopter le pli des artistes anglo-saxons qui s’approprient de façon totalement décomplexée l’imagerie et autres fragments d’une culture populaire envisagée dans son ensemble, tous registres, époques ou origines confondus. Villemont s’inscrit ainsi dans la logique inhérente aux modes de circulation toujours plus denses, et à la diffusion toujours plus rapide des modèles culturels. Il navigue donc librement dans cet amoncellement de niches que forment, non pas une, mais des cultures populaires. Leurs ramifications multiples et complexes n’ont jamais cessé de défier les étiquettes inventées par les historiens (d’art) ou les sociologues. Elles témoignent d’une grande pluralité et d’une immense porosité, jusqu’à engendrer régulièrement des formes et une esthétique hybrides, comme celles ici spécifiques au domaine de l’art contemporain.
Caroline Soyez-Petithomme, 2011.
LA FORCE DE LA NATURE
L'année 2009 et son contexte économique et politique pourrait être l’époque du doute, de la réflexion, du repli; un état latent où l'on guette les « réformes », où l'on attend les « ruptures » et qui nous inviterait à faire table rase, un nouvel an zéro. Une table rase qui ne serait pas uniquement un retour au vide, mais une renaissance, un commencement et non la fin.
Cette idée est à l'origine de certaines communautés utopistes (Wandervogel, Hippies...) qui basaient leur fondement sur un retour à la nature, à des valeurs « simples » et primaires. A une autre époque, Henry David Thoreau prônait quand à lui un retour à la nature plus individuel à l'image de l'ermite solitaire parti prendre du recul au fond des bois. Dans notre société, une frontière existe: c'est le garage, le sous-sol, la porte de la cabane que l'on pousse un dimanche après midi. Nous passons ainsi cette frontière qui délimite l'espace d'expérimentation personnelle et la vie en collectivité.
La force de la nature repose sur cette ambiguïté entre l'espace privé et le lieu de monstration. Chaque soir vers 18h la lumière s’allume et le sportif entre en jeu: il vient scier des disques dans des troncs posés sur des chevalets afin de se fabriquer ses propres altères une fois montés sur les barres. La force de la nature évolue comme une pratique souterraine de la musculation. Nous parlerons ici de sculpturisme, de sculpture physique étroitement liée à un processus de production d’œuvres. Les altères sont le résidu de la coupe et perdent leur fonctionnalité en devenant des sculptures. La vidéo présente dans l'espace, quant à elle, joue la fonction de témoin d’une activité en dehors des heures de présence du sportif-artiste, mais existe surtout comme une cassette de fitness, nous communiquant les gestes et les techniques de l’acte physique. Entre l’urgence adolescente, figure de l’expérimentation et l’existentialisme primitif d’un Henry David Thoreau, ce work in progress se développera dans la sueur et un questionnement sur le geste artistique.
Cette exposition, comme de nombreux projets de Jocelyn Villemont nous emmène dans le backyard* à coté des vélos, du skate, de la moto, des outils et de ses activités régulières (couper du bois, courber des tubes, sculpter des battes de baseball...). Chaque fois, ses réalisations passent par un apprentissage de l’utilisation des outils, des techniques, d’histoires, pour prendre la forme de nouvelles mythologies. Jocelyn se réfère aux standards du monde contemporain, le public est invité à voyager dans le temps avant que tout cela ne soit enfoui. L'artiste se fabrique des reliques, les reliques d’un mythe en formation qu’il faudra bientôt exhumer une torche à la main. Et s’il venait là nous chuchoter « ZERO IS NOW ».
Winter/Spring 2012 MY FIVE NEW FRIENDS
(by Oliver Braid, group show curated with Camille Le Houezec)
03.02.2012 - 04.03.12
The Royal Standard - Liverpool
LIGHTNESS
Group show with Sébastien Bourg & Sandra Aubry, Han Ren, Mari Minato, Jonathan Monk, Jack Strange, Jessica Harrison 24.03.12 - 28.04.2012
Less is More Projects - Paris
LES POSSÉDÉS - (Group show curated by Dorothée Dupuis)
with Tim Braden, Sophie Bueno-Boutellier, Cécile Dauchez, Guillaume Gattier, Theo Michael,
Lidwine Prolonge, Fabrice Samyn, Analia Saban 01.05.12 - 31.05.12
HLM - Marseille
QUAINZAINE RADIEUSE
with Christian Ragot, Séverine Hubard, Florence Doléac & David de Tscharner, G Studio, Daniel
Nadaud, Raphaël Galley, David Liaudet, Hippolyte Hentgen, Lilian Bourgeat, Vincent Carlier, Bob Corn, Nils
Guadagnin, Ludger Gerdes.
23.06.12 - 08.07.2012
Piacé - France